samedi 9 juin 2012

Autres temps, autres moeurs


J’ai profité de mon séjour en Outaouais pour aller faire un tour de l’autre côté de la frontière… oups, de la rivière, je veux dire.   Je me suis installée pour deux jours au camping municipal de Tawa avec Azarius. Chouette endroit, en plein milieu de… la forêt.  Oui, je sais, c’est le camping municipal de la ville.

En ce samedi matin, je suis allée faire une visite au Musée canadien de la guerre.  Visite didactique s’il en est une.  Vous le savez, j’aime la guerre.  Ben, dit comme ça… je ne voudrais pas que vous pensiez que j’ai l’âme belliqueuse.  Loin de là!  Mais tant qu’à s’être tapés dessus dans le passé, autant essayer de comprendre pourquoi.  Et ce musée-là est fascinant parce qu’il traite des guerres «canadiennes»: d’abord celles contre les Amérindiens, puis toutes les guerres où la France ou la Grande-Bretagne se sont mêlées de ce qui est arrivé ici.  Quand on arrive dans les guerres du XXe siècle (et Dieu sait s’il y en a eu), on voit plutôt l’apport de l’armée canadienne aux différents conflits.  Ça va de la Première Guerre mondiale aux différentes missions des Casques bleus de l’ONU auxquelles participent les soldats canadiens, en passant par les autres conflits du siècle et, oui, la part de l’armée dans la crise d’Octobre 1970.

En ressortant de là, j’ai décidé d’aller à Carp.  Carp?  Oui, oui, Carp.  C’est dans la banlieue éloignée ouest d’Ottawa.  «Quessé qu’y’a à voir là?» que je vous entends demander.  Le Diefenbunker.  Le bunker construit au cout de 44 millions de dollars canadiens en 1959 par le gouvernement Diefenbaker.    Bunker où ledit Diefenbaker n’est jamais allé.  En fait, le seul Premier ministre canadien a y être allé a été Pierre Elliott Trudeau, en 1977 : il a visité, mangé une croute et a décidé de couper de moitié le budget de fonctionnement du bunker.
Ce bunker-là a été érigé en pleine Guerre froide, au moment où les pays avaient peur que les deux grandes puissances (les États et l’URSS) se tirent dessus à coups de bombes nucléaires, ce qui aurait été plutôt fatal pour l’ensemble de la planète.  De 1961 à 1994, plus de 100 personnes travaillaient à temps plein dans le bunker, prêtes à accueillir le Premier ministre, le Gouverneur général, des ministres, des généraux et tout un paquet d’employés qui auraient continué à diriger le pays au moment d’une attaque nucléaire.
Toute la patente est sous la terre : quatre étages sous la terre.  Superficie totale? 9300 mètres carrés.  C'est immense!  Mais les claustrophobes peuvent survivre : c’est grand, c’est plein de couloirs qui vont de salles en salles et on finit toujours par croiser quelqu’un.  On ne se sent pas trop enfoui.  C’est sûr qu’après un mois sans sortir (le bunker avait de quoi faire vivre une centaine de personnes pendant 30 jours - avec de plus en plus de bouffe en canne au fil des jours...), on doit commencer à avoir le teint vert.  J’avais aussi eu cette impression de «non-enfermement» à la mine de sel souterraine de Wieliczka en Pologne (oh que ça se glisse bien, ça, de dire que je suis allée en Pologne!).  Comme le bunker date des années soixante, ben le mobilier aussi : ordinateurs, téléphones, tables et chaises…  C’était vraiment une autre époque!
La visite guidée – en anglais – a été très intéressante.  C’est une partie de la vie du pays qu’on ne connait pas : c’est sûr, il fallait que l’existence même du bunker soit gardée secrète!  C’était un bunker après tout!
En 1994, le gouvernement a décidé de s’en départir : la nouvelle détente mondiale (surtout causée par l’effondrement de l’empire soviétique et du bloc communiste) ne nécessitait plus qu’on garde un tel bunker pour gouverner le pays en cas d’attaque nucléaire.  Le gouvernement a voulu le détruire, mais la ville de Carp l’a racheté pour 2$ avec l’obligation de l’entretenir.  Aujourd’hui, c’est un organisme sans but lucratif qui le gère et les profits servent à alimenter la bibliothèque de la ville qui est juste à côté.  Vous voulez mon avis? (je vous le donne pareil):   Il n’aurait pas fallu que ce bunker disparaisse.  Son histoire – ou plutôt l’Histoire qui a obligé sa création – est trop importante dans les relations internationales du XXe siècle pour qu’on oublie qu’on a déjà eu peur de faire sauter la planète.

1 commentaire:

  1. J'avais entendu parler de ce bunker mais j'ignorais qu'il existait encore. Nous irons y faire un tour lorsque nous passerons par Carp. Merci de nous avoir faire découvrir cela.

    RépondreSupprimer