dimanche 2 juin 2024

Encore une fois, d'heure en heure...

1h, heure de Bordeaux
On n’est pas rentrés si tard de chez Damien hier soir, mais il fallait quand même que je finisse de repaqueter ma valise. Je n’avais évidemment pas tout sorti, et j’avais aussi paqueté stratégiquement en quittant Rochefort. Sauf que Pierre et Thierry m’ont chacun donné une bouteille de leur château, Siaurac pour Pierre et La Couspaude pour Thierry. J’ai emballé ça dans du papier bulle, j’ai mis du linge autour, et je me suis dit que ma nuit allait être courte et ma journée longue. Je ne vais toujours ben pas me plaindre de voyager! C’est moi qui ai voulu cette souffrance. J’avais juste à rester chez nous si je ne voulais pas souffrir du décalage horaire!

5h30, heure de Bordeaux
Ma tablette et son bord de mer m’ont réveillée à 5h30 après 4h30 d’un sommeil sans doute pas tant profond. J’avais aussi mis mon téléphone - et le « bon matin Julie » de QW4RTZ, juste au cas.
Je me lève, je m’habille, je boucle la valise en silence. C’est qu’on dort encore chez les Perdigon-Fiengenschuh. Je file à l’anglaise, il est 6h05. Lormont et la France sentent le matin.

7h20, heure de Bordeaux
Eh baswell que c’est quand même le fun de prendre la rocade à l’heure des poules. Ça file à 90 sans le moindre ralentissement! Si bien que je suis arrivée sans encombre chez Avis où j’ai laissé ma Fiat 500 rose avec laquelle j’ai fait 1059 km en une semaine. Joli chiffre, je trouve. J’ai pogné ma valise et j’ai fait une petite marche inutile dans l’aéroport parce que les halls des départs (A et B) ne sont pas affichés à hauteur de rue, mais uniquement en haut, dans les halls, justement.
Il y a bien peu de gens aux bornes, j’ai mon tiquette de valise, j’attends à peine pour la déposer sur le tapis qui va l’emporter dans les méandres de l’aéroport de Mérignac (en espérant qu’elle se rende à Montréal), je soupire de soulagement en constatant qu’elle ne pèse que 24 kg, sur les 23 autorisés! Dire que je n’en avais que 15 en partant de Montréal. Voulez-vous ben me dire ce que je rapporte qui pèse tant que ça, moi qui ai en plus laissé 12 exemplaires de Pédagogie collégiale au lycée Merleau-Ponty de Rochefort?
Il y a aussi peu de gens aux douanes à cette heure du jour du Seigneur.
Conclusion: il est 7h20, je suis de l’autre côté, il me reste 1h45 avant le départ et le comptoir à café n’est pas ouvert encore…Alors, je corrige.

10h30, heure de Paris
Atterrissage un peu brusque à CDG. Mais ça va, on est rendu. Je ne sais pas si les pilotes sont un peu plus pissous depuis les violentes turbulences de Singapour Airlines, mais je trouve qu’ils ont souvent allumé la consigne des ceintures. J’aime quand même mieux ça, même si je garde toujours ma ceinture attachée.
Si Dieu a existé pour ma traversée de l’Atlantique la semaine dernière, Dieu n’existe plus. J’avais réservé un siège sur le bord de la rangée (17B), mais Air France a changé d’avion pour un Airbus 321, 3 sièges de chaque côté. Je me suis donc ramassée dans le milieu. Une chance que c’est juste pour une heure.

13h, heure de Paris
Eh my god. J’ai fait une marche de santé, pris l’autobus et fait un détour par le Bangladesh entre le terminal 2F et 2E-M. T’sais, quand il y a une affiche en sortant du titautobus qui nous amène de l’avion au terminal qui dit que ça prend 23 minutes (et un autre tour d’autobus pour se rendre au 2E-M), c’est que c’est pas à la porte.
J’ai mangé un semblant de salade César au poulet. J’aurais voulu boire un café, mais c’était à l’autre bout faque je m’en suis passé.

13h55, heure de Paris
Ça fait 25 minutes qu’on est supposés être partis, mais le commandant nous a dit, tout à l’heure, que trois passagers ne sont pas embarqués, mais que leurs bagages sont en soute. Alors, les techniciens s’affairent à fouiller dans les boites pour retirer les valises. C’est une question de sécurité avec laquelle je suis bien d’accord! Je me demande toujours, quand même, où sont passés ces passagers qui n’embarquent pas dans l’avion alors que leurs bagages sont en soute? Ils sont où, ces passagers? Quelque part dans l’aéroport de Paris? Ça ne peut qu’être ça: les bagages ne seraient pas dans mon avion s’ils n’avaient pas pu prendre leur premier vol, avec correspondance à Paris… C’est vraiment intrigant. Les techniciens ont dû vraiment chercher parce que ça brassait dans la soute!
Évidemment, Dieu n’a pas repris connaissance depuis le vol de Bordeaux. Le 777 d’Air France est plein (sauf trois sièges!). Au moins, je suis au bord de la rangée.

J’ai mangé des tites pâtes (des pattes, comme disent les Français), j’ai écouté de la musique des années 80, j’ai regardé le très troublant film Moi Capitaine  sur l’histoire de deux jeunes Sénégalais qui fuient l’Afrique à travers le désert jusqu’en Libye pour tenter de trouver la liberté en Europe. Les hommes de la mafia libyenne sont d’une cruauté sans nom. Les salles de torture où les pauvres Africains sont torturés arrachent le cœur. J’ai tellement de mal à croire que des humains traitent d’autres humains comme ça. La pauvreté et le désespoir mènent à tout… C’était un magnifique film. Une coproduction belge et italienne, avec de splendides acteurs sénégalais et africains. Disons que le wolof, avec des sous-titres anglais, c’est pas évident!

Le commandant avait annoncé de la turbulence en finissant la traversée de l’Atlantique. Turbulence on a eu.
Globalement, la bouffe était meilleure aujourd’hui que la semaine passée, même si tout était Air France. C’est comme si la bouffe faite à Paris était meilleure que celle faite à Montréal!
J’ai rempli ArriveCan en partant de Bordeaux. On verra ben si va accélérer les choses en arrivant. J’en doute.

14h55, heure de Montréal.
Nous v’la. Mais je pense que ça va être long. On n’a pas l’autorisation de débarquer de l’avion… et les techniciens ont du mal à positionner le tunnel pour qu’on sorte. Évidemment, tout le monde est debout (je suis au 48C sur 55) et tire comme des malades sur les valises pognées dans la casiers au-dessus de nos têtes. C’est qu’il n’y a pas de place pour mettre les valises par terre, en plus des humains qui s’entassent. Le genre humain peut me décourager parfois.
 
15h30, heure de Montréal
Ma canne a fait son effet: j'ai pu court-circuiter toute la ligne des gueux qui ont attendu en ligne pendant sûrement pas loin d'une heure pour montrer leur passeport.
Quand j'ai scanné mon passeport dans la machine, un message est apparu à l'écran: "Voulez-vous modifier la déclaration déjà remplie?» Euh, non? Faque j'ai passé drette là pour rencontrer un douanier:
- Bonjour, vous arrivez d'où?
- De la France.
- Vous avez été partie combien de temps?
- Huit jours.
- Pour faire quoi?
- Voir des amis.
- Rapportez-vous quelque chose?
- J'ai deux bouteilles de vin.
- Bon retour.
J'aime assez ça quand ça niaise pas. Sauf que j'ai dû attendre ma valise, évidemment.
 
20h, heure de Montréal
Je suis de retour chez moi, après un stop chez Michaël, venu me chercher avec Léon et Florie, à leur retour de leur fin de semaine de camping. J'ai soupé là, avec de la pidze lavalloise. Je leur ai donné leurs souvenirs. Comme les enfants et moi, on a le trou de cul en t'sours du bras, je ne m'éternise pas. Je reviens à la maison où je dépaquette la valise. Mettons que je suis assez à boutte. Mais je suis toujours fascinée de voir que même après une semaine ailleurs, mes repères reprennent leurs places dès mon arrivée.

21h, heure de Montréal... et 3h, heure de Paris!
Pendant que se termine ma première brassée (je ne voulais pas tant partir une brassée, mais le séchage va faire moins de chaleur ce soir que demain, dans mon appartement pas encore climatisé), je fais le bilan de cette dernière semaine. Je tire quoi comme conclusion de cette semaine française? Que j’avais envie d’être en vacances au lieu de travailler! Que j’ai quand même beaucoup aimé ma rencontre avec les profs à Rochefort. Mais j’ai eu plus de difficultés à avoir envie d’enseigner à l’UdeM, lundi et mercredi soirs. Quoique… C’est corriger le premier travail qui cause problème!
Au fond, je reviendrais n’importe quand pour faire de la formation, quelque part en France. Même si l’éducation nationale a salement pas d’argent pour payer quoi que ce soit de ce voyage. Une chance que je n’ai pas un salaire de misère!

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