J’ai sacré mon camp aux Zétats pour cette longue fin de semaine. Tant qu’à travailler chez moi, autant aller travailler ailleurs… et que ça me coute salement plus cher que de rester à Montréal! Sauf pour Internet. En entrant aux States, je me suis acheté un petit forfait d’une semaine de 1 G pour… 6,50$. Être restée sur Rogers, j’aurais payé 60$ pour 54 jours…
J’ai mis le cap sur un chouette camping, à South Hero, au Vermont. C’est sur le bord du lac Champlain. J’avais essayé de réserver au début de la semaine, mais même si ça n’avait pas marché, je suis venue quand même. J’avais quand même un plan B, un plan C et un plan D, si jamais ça marchait pas. Évidemment, parce que c’est la fin de semaine de la fête du Travail (labor day aux Zétats), c’est salement plus cher. J’étais déjà venue, il y a peut-être une dizaine d’années, et j’avais eu une vue sur le lac pour pas si cher, messembre. Mais là, c’est plus de 300$ pour trois dodos. Mon plan est quand même de rester ici pour trois jours sans bouger, pour travailler. Faque j’ai tout installé. Touttte, toutte, toutte: l’eau courante, le renvoi d’eau grise, l’électricité. J’ai même sorti ma tente cuisine en moustiquaire. Pis j’ai aussi acheté du bois, dans l’idée de me faire un feu ce soir. Demain, pas sûr parce qu’on annonce de la pluie, mais ce soir, c’est sûr.
Faque j’ai du fonne. Je m’installe. Je sors mon livre (je suis en train de lire La splendeur et l'infamie de Erik Larson sur la vie de Winston Churchill quand il a été nommé Premier ministre de Grande-Bretagne au début de la Seconde Guerre mondiale – mon dieu que je suis concept!). Il fait chaud, je me cherche de l’ombre. C’est vraiment tripant. Je ne vois pas le lac (ça aurait été beaucoup plus cher), mais je tripe pareil. Et malgré les 25 degrés, j’ai parti mon feu juste avant le souper pour continuer à lire.
J’étais en train de me faire à souper quand ma voisine est venue me jaser: «On a envie de s’assoir avec toi près du feu pis de jaser. Ça te va? Un couple d’amis va venir aussi. Et est-ce que ça te va aussi si on apporte de la boisson d’adulte?» J’ai trouvé ça drôle qu’elle s’invite de même, mais on est aux Zétats. Sont de même, les Américains. Friendly quand on est voisin. Pis la madame à l’accueil qui me donnait du «honey» pis du «sweety». Tellement américain.
Reste que Sandy et Rick sont venus s’installer avec leur verre de vin autour de mon feu. Ils m'en ont même offert un (évidemment, dans ce temps-là, je pense à ma mère qui pense que je pourrais être empoisonnée et qu'on abuse de moi!) Ils viennent de Virginie et voyagent avec un simmonac de gros VR pendant 7 mois de l’année pour ne pas avoir à enregistrer leur campeur en Virginie! Ils ont une «fausse» adresse au Montana pour y immatriculer leur VR. Disons que Sandy n’est pas très discrète, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle prend pas mal de place et parle fort. Mais le couple est gentil… pour un soir autour du feu. Les amis, Charlie et Donna, sont arrivés et on a continué à jaser. Ça a l’air que j’ai un accent allemand dans mon anglais… Ah? Je pensais que j’avais un accent québécois… Rick a été étonné quand je lui ai dit que l’accent français et l’accent québécois, c’était pas le même, «un peu comme l’accent de Grande-Bretagne et l’accent de la côte Est. C’est la même langue, mais pas le même accent.» Je pense qu’ils ne sont pas sortis des States de leur vie… Ils étaient un peu flabeurgatés que je voyage seule, que j’enseigne à l’université et que j’aie un «doctor degree». «We should call you doctor?» Ouan, pas tant.
Et, dans nos discussions… est arrivé le sujet de la politique. Rick m’a demandé ce qu’on pensait des élections américaines au Canada. Ouf… Comment rester diplomate? Ben… Euh… Ça dépend où on habite et nos convictions politiques, je suppose. Eh que je n’avais pas envie d’entrer dans ce sujet-là. Faque v’la Sandy qui part sur sa haine de Kamala-what’s-her-name-I-don’t-give-a-shit, mais elle n’aime pas plus Trump. En fait, elle veut garder ses armes et se contrecrisse totalement des lois contre l’avortement. Ça non plus, elle don’t give a shit. Donna essayait d’être plus diplomate, plus posée, mais Sandy, pas pantoute. Même son mari a dû la contredire! Sandy expliquait qu’ils n’avaient pas le choix, qu’en Virginie ils allaient voter Trump. Pis là, son mari lui a dit que son idée n’était pas faite encore. « What? Don’t tell me you’re gonna vote for this… this… Harris thing!” Misère. J’étais quand même fascinée de la tournure de la discussion. Elle déteste Trump (il parle trop fort, il dit des niaiseries et ne propose rien d’intéressant alors qu’il ne fait que critiquer Harris), mais elle va voter pour lui pareil, juste parce qu’elle n’aime (vraiment) pas Kamala Harris qui, selon elle, contredit des positions qu’elle avait dans le passé, comme si on devait tenir les mêmes propos à 30 ans et à 50 ans. Mais ils s’entendent tous qu’il y a quelque chose de tordu dans leur système électoral puisqu’il ne donne pas de place à un troisième parti. Évidemment, je tenais ma gueule hermétiquement fermée. J’écoutais. Mine de rien, c’était enrichissant… pour comprendre la société américaine.
Mais un moment donné, j’en ai eu assez. Il faisait noir (mais encore chaud) et j’ai eu envie de rentrer chez moi. Rick, fort sympathique, m’a dit que je pourrais aller veiller dans leur RV demain soir, s’il pleut (on annonce des orages). Bof, je ne penserais pas. Merci quand même.
J’ai baissé ma tente cuisine pour qu’elle ne pogne pas trop dans le vent, j’ai mis des affaires sous le camion et je suis rentrée dans mon Azarius chéri. Évidemment, je n’ai pas travaillé… mais j’ai passé une très belle journée. Je travaillerai demain!
Intéressant mais pas très logique cette vision politique de certains américains. Je n'aurais pas voulu passer une autre soirée avec cette Sandy.
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