Parce que l’internet était de marde au camping, j’ai décidé de sacrer mon camp de bon matin pour aller travailler au Starbucks. Oui, Starbucks est mon ami quand vient le temps du ouifi. C’est donc devant un gruau et un café au lait que j’ai attaqué la révision de ma demande de certification éthique pour la recherche. Une patente d’enculage de mouche, si vous voulez savoir.
J’ai quand même très bien travaillé... jusqu’à 15h. Quand j’ai fermé l’ordi, j’étais prête à décamper. Prête? Pas tout à fait... même si j’ai 5 heures de route de Hampton, NH, jusqu’à Montréal. Mon plan, pour cause de réunion à 9h demain matin, est d’aller coucher dans le stationnement du cégep, ce que je fais abondamment depuis quelques semaines étant donné que j’habite dans un quartier enclavé de Montréal à cause des travaux au tunnel Louis-Hippolyte-Lafontaine. Mais ça, c’est un autre sujet.
Je quitte donc Hampton. Mon premier stop, c’est Concord, toujours au New Hampshire. Je commence à trouver que je connais mon Concord, parce que je ne suis pas arrivée par la même route que d’habitude et je me suis retrouvée au centre commercial que j’avais en tête. Mon but était d’aller chez JCPenney pour m’acheter une montre. La mienne m’a lâché au début de la pandémie et même si je regarde l’heure sur mon téléphone, ça me gosse souvent. Montre, donc. Mais autres achats: rien, chez Penney, n’est au prix affiché. Il y a toujours un rabais de ci, et un rabais de ça. Conclusion: je me suis acheté pour 200$ de linge... avec 97 piasses de rabais. C’est pas pire, je trouve. Au Shaw en face, je suis allée acheter du clam chowder (ben oui, encore...) Legal Sea Food, le meilleur clam chowder d’épicerie, je trouve. Dans le camion, je trouve le moyen de serrer mon nouveau linge dans les bacs à linge et je trouve de l’espace dans le fridge pour le reste. On repart.
J’avais une idée un peu weird. Je voulais rentrer au pays par les douanes de Sutton, étant donné que Sébastien, le fils de mon amie Sylvie, y travaille. Juste pour lui faire un coucou... alors que je ne savais même pas s’il était de garde en ce lundi de l’Action de grâce. Faque j’ai enligné la 93 nord dans le New Hampshire jusqu’à St.Johnsbury dans le Vermont. Là, la 91 nord jusqu’à Newport, à la limite des Zétats, collé sur le Canada. Oui, j’aurais pu entrer là, à Stanstead, j’aurais abouti sur la 55 au Québec. Mais pourquoi faire simpppe, quand on peut faire compliqué et rallonger son retour?
Il est presque 20h, ça fait un bout qu’il fait noir. Comme on est dans les montagnes, on dirait qu’il fait encore plus noir! Je gaze à Newport et j’enligne la 105 ouest qui va me faire longer la frontière jusqu’à Richford. La route serpente dans la campagne vermontoise et je contourne Jay Peak, une montagne de ski... Sauf que je ne vois rien. Fait noir en tipépère. Ça dit que la vitesse est de 80 km/h, mais j’ai du mal à aller à 60 étant donné la noireté et la route qui serpente. De jour, ça doit être absolument magnifique. Mais je vois rien. Une chance que je ne croise personne et que je peux mettre mes hautes presque tout le temps... C’est comme ça que je me rends compte que ça devrait être beau à la clarté.
Je suis religieusement Gougueulemappe parce que je sens que ça serait très facile de me perdre étant donné que je change régulièrement de numéro de route. Ce qui fait qu’un moment donné, je pense qu’il faut que je suive la route qui a l’air de la route principale. Shit! Fallait que je prenne un tit’embranchement à droite. Je vire de bord sur la route principale et je reviens à mon embranchement... qui me mène à une route en terre. Oui, oui. J’éclate de rire: «Mais quessé que je fais icitte, moi, au milieu de nowhere?» Heureusement, la route de terre ne dure que 2 ou 3 kilomètres... et aboutit à un poste frontière États-Unis/Canada au ras la rivière Missisquoi. Quoi? Ben voyons! Je ne veux pas rentrer au Canada tout de suite, je veux rentrer sur la route 139 à Sutton! Énéwé, j’aurai pas le choix de revirer de bord: le poste frontière est fermé. Oui: fermé. Il rouvre à 8h mardi matin. Faque la chienne me pogne: s’il fallait que le poste de Sutton soit aussi fermé?
Je reprends la 105 qui serpente encore dans les vallées vermontoises. J’aboutis à Richford, VT. Ça me semble un village très ordinaire. Mais j’enligne les douanes.
Ouf! La douane a l’air ouverte. Il n’y a personne qui
attend, mais il y a de la lumière à l’intérieur du bâtiment. Le feu rouge passe
au vert et la douanière me fait signe d’avancer. Mon premier constat: je pense
qu’elle s’ennuyait ou que je l’emmerde solide, à 21h45, en ce lundi soir de l’Action
de grâce. Elle devait être en train de regarder la télé... Elle passe mon
passeport au scanneur et me demande ce que je rapporte: «Cinq
bouteilles de vin.»
- Vous connaissez la limite?
- Oui, c’est 1,5 litres (une hérésie, quant à moi)
- Avez-vous la facture?
Je lui tends la facture de mes bouteilles.
- Il y en a six sur la facture.- Ben oui, mais j’en ai bu une pendant mon séjour
- Donc vous en rapportez cinq?
- Oui, c’est ça. (forte de même en calcul, ça ne m’impressionne pas vraiment).
- Bon, vous allez vous ranger sur le côté et entrer à l’intérieur.
Faque c’est ça. Mes cinq bouteilles de vin m’ont couté 42$ de droits de douane. J'ai acheté deux bouteilles du Château de la Rivière. Avec le taux de change et les droits de douane, ça revient au même: ça se vend 34,25$ à la SAQ (quand il y en a) alors que j'ai payé 19,95$ aux États, ce qui fait autour de 32,50$ au final. Je pense juste que la douanière à la fenêtre et l’autre qui m’a fait payer avaient envie d’un peu d’action, en ce lundi soir. Ou elles avaient envie de faire un peu de zèle. Quand je pense que la fille à la fenêtre ne m’a même pas demandé si je rapportais des armes!
Je suis finalement arrivée dans le stationnement du cégep à 23h30, huit heures après avoir quitté Hampton. C’est trois heures de plus que la normale, ça. Mais j’ai eu du fun pour ben plus que ça!

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