Le bonheur a commencé à 10h30, en ce jour du Seigneur. Je me suis installée, avec Daniel, Michèle et
Daniel, sur le bord de la piste 27, face à l’ouest. Et le bonheur a duré jusqu’à
16h30. Entre les deux, plus de 500 avions ont touché le sol devant nous, là,
là, sous nos yeux. Un peu de nuages, du vent (une chance… même s’il est chaud
et humide), du soleil et un épouvantable 33 degrés. Un choc thermique, s’il en
est un. Ça ne m’a pas empêchée de triper comme une folle.
Comment pensez-vous qu’on peut faire atterrir 500 avions en
6h? Des malades, je vous dis.
D’abord, les avions (en fait, les pilotes) se sont inscrits
au AirVenture. On n’arrive pas là à l’improviste.
Et ils ont reçu une vidéo expliquant les procédures d’atterrissage (je vous les
épargne, c’est un peu technique). Disons
seulement qu’il faut faire atterrir plusieurs avions en même temps.
Sur la piste, il y a trois ronds: un rond rouge au début de la
piste, un rond vert à peu près au tiers et un rond blanc au 2/3 de la piste 27. Donc, trois avions peuvent se poser en même
temps, sur les ronds de couleur. Des petits avions ou des plus gros, qui ne
vont pas tous à la même vitesse ni à la même altitude. On peut voir, au loin,
une bonne quinzaine d’avion qui sont en approche plus ou moins finale… Ça
quelque chose d’hypnotisant parce qu’on a l’impression qu’ils vont tous arriver
en même temps, à cause de l’effet de profondeur. Ça m’a aussi donné l’impression
d’un film de guerre avec une flotte d’avions qui fonce droit sur nous pour
lâcher des bombes…
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| Cinq avions sont en approche finale |
Évidemment, dès qu’ils touchent le sol, ils foutent les
freins au fond parce qu’il y a un avion devant eux, puis dès qu’ils le peuvent
(le plus tôt possible, ça urge!), ils roulent sur le côté, dans le gazon. Là, une bonne vingtaine de signaleurs de
piste les orientent vers le stationnement de leur avion, grâce à trois lettres
que les pilotes ont reçu par courriel, qu’ils ont imprimées et placées dans le
pare-brise de l’avion. Fascinant, je vous dis.
Le gazon sert donc de taxiway
et des centaines d’avions nous passent dans la face, là, là.
J’ai vu…
- un avion qui a raté son atterrissage : il s’est crashé en bordure de piste, juste devant nous. Heureusement, pas de blessés, mais une roue et une hélice bien amochées.
- un avion qui a fait trois go-around, à la demande de la tour de contrôle qui n’avait pas de place pour le faire atterrir : trop d’avions sur la piste, trop d’avions dans la pile… Un go-around, c’est quand l’avion est tout près de toucher le sol et que le contrôleur aérien lui demande de redécoller. Évidemment, c’est stressant pour les pilotes, dans des conditions normales… alors qu’ici, rien n’est normal. Le pilote a dû, par trois fois, redonner plein gaz et tenter une nouvelle approche finale… Lorsqu’il a touché le sol (la 4e fois), les gens au bord de la piste ont applaudi!
- des avions surnommés warbirds parce qu’ils ont servi pendant les guerres et que des passionnés continuent de faire voler;
- des avions warbirds de la Seconde Guerre mondiale qui ont volé et atterri en formation de quatre;
- des hydravions avec des roues sous les flotteurs;
- une délégation de Moonies (une sorte d’avion) en fin d’après-midi : ils sont tous arrivés en même temps;
- quelques atterrissages difficiles : une sortie de piste à cause d’un pneu crevé, un avion qui s’est enlisé dans la boue dans le gazon;
- un avion qui a atterri sur le mauvais rond et, parce qu’il avait un avion tout juste devant lui, a redécollé, donné un peu de gaz juste assez pour contourner l’avion devant lui et a fait le saumon pour son atterrissage, devant l’avion qui s’était presque immobilisé entretemps. Ce n’était pas vraiment chic comme atterrissage… Sans doute aurait-il coulé son cours de pilotage, mais c’était impressionnant comme manœuvre!
J’ai entendu…
- La voix du contrôleur aérien, à la radio. Parce que les vrais fans trainent une radio sur le bord de la piste et la mettent à la fréquence de la tour de contrôle. Tout ce que je parvenais à saisir, c’est «go-around» (parce que ça a été dit à de nombreuses reprises!) et «Clear the runway. Fast!», avec un ton qui n’admettait aucune réplique. De toute façon, les pilotes ne sont pas autorisés à parler au contrôleur. Avec une centaine d’atterrissage par heure, faut que ça opère! Je ne savais évidemment pas à quel avion le contrôleur s’adressait, mais heureusement, les pilotes, eux, reconnaissent les lettres de leur avion quand elles sont callées par le contrôleur. La job du contrôleur aérien, à Oshkosh, pendant la fin de semaine, est infiniment stressante : c’est pour ça qu’il est on duty 30 minutes à la fois: les 10 premières minutes, il observe ce que son collègue fait et prend la mesure de tous les avions qui sont dans le ciel; les 10 minutes suivantes, il prend la charge des avions; les 10 dernières minutes, il a toujours la charge des avions, mais il est observé par le collègue qui va le remplacer… Des nerfs d’acier.
- Les deux Daniel qui essaient d’identifier les avions qui vont atterrir, jumelles vissées aux yeux.
- Le son des jets privés (pas de vulgaire moteur à hélice!) a fait dire à Daniel que c’était le son des gens riches et célèbres (vous ne serez pas surpris si je vous dis que je préfère nettement le son du jet…). Ce à quoi Michèle a répliqué: «L’argent n’a peut-être pas d’odeur, mais il a un son!»
Des avions, comme ça, il en atterrit 14 000 pendant la
fin de semaine!






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