Je me suis souvent demandé d’où je tenais cette envie d’aller
me faire voir ailleurs, compte tenu que mon père déteste souverainement voyager
et que ma mère n’est pas une grande exploratrice elle non plus. Puis, il y a
quelques années, en relisant pour une énième fois (en mangeant…) un album de
Tintin, ça m’est venu à l’esprit que c’était de sa faute à lui.
Le premier album que j’ai eu, c’était Tintin au Tibet. Je devais avoir 8 ou 9 ans. Je me souviens avoir
été impressionnée par les montagnes himalayennes, les villages et les habitants…
mais surtout, la profondeur de l’amitié que Tintin portait à Tchang pour avoir
à ce point envie d’aller le sauver. Je m’étais demandé, aussi, si le yéti
existait vraiment. Plus tard, en lisant L’Ile
noire (et tripant sur les paysages écossais), je m’étais aussi demandé si
le yéti et Ranko, le gorille, étaient de la même famille qu’Hergé aurait recyclée…
J’ai compris, plusieurs années plus tard, toute la profondeur historique du Lotus bleu, là où les Chinois et les
Japonais vont commencer à se taper sur la gueule, un peu avant la Seconde
Guerre mondiale (le Japon va quitter la Société des Nations, l’ancêtre de l’ONU).
C’est aussi dans cet album que Tintin rencontre Tchang qui lui inspire cette
amitié à l’épreuve du temps et des obstacles (ça a quelque chose d’inspirant,
je trouve). J’ai lu et relu Objectif Lune
et On a marché sur la lune autant que pouvait comprendre ma petite tête de
gamine. J’ai eu une pensée émue pour Hergé, le visionnaire, quand je suis allée
visiter les installations de Cape Canaverale en Floride, d’où partaient les
navettes spatiales, il y a quelques années. Le musée, très bien fait,
présentait les fusées des différentes missions Apollo. Je ne peux pas croire qu’ils
sont allés dans l’espace – et pire, sur la Lune! – dans des boites de conserve
pareilles! Et dire qu’Hergé avait tout vu ça avant!
J’ai lu et relu toutes les aventures de Tintin. Certains de
mes albums sont dans un état de décomposition avancée. Et il y en a que je n’arrive
pas à lire… parce qu’à chacun de mes voyages en terre étrangère, j’achète un
Tintin. Le plus souvent, j’essaie d’acheter Tintin
au Tibet dans la langue locale (j’ai ça en espagnol, en catalan, en
portugais, en anglais: pour la langue, tout ça, ça va), mais parfois je dois me
rabattre sur un autre album. C’est pour ça que j’ai Le Lotus bleu en islandais (je ne reconnais que les images!) et Le Secret de la Licorne en ch’ti!!!
Quand j’étais débarquée à Lille, il y a 25 ans, il y avait
des dessins animés sur les aventures de Tintin qui passaient à la télé tous les
soirs à 17h30. Je me souviens de les avoir regardés assidument. J’ai même
acheté les deux coffrets il y a quelques années, que je regarde encore régulièrement… Le générique d’ouverture me
fait instantanément penser à Lille, à mon arrivée là-bas, à l’appartement chez
Hélène où je m’étais installée en attendant de me trouver un studio à moi.
J’ai vu le musée de la bande dessinée à Bruxelles. J’ai fait
un travail en littérature de jeunesse, alors que j’étais étudiante au bac, sur
la place des femmes dans les aventures de Tintin. Bon, c’est un peu pathétique,
mais je n’aime pas moins le jeune reporter pour ça. Même observation avec Tintin
au Congo. Comme plusieurs autres œuvres littéraires (et culturelles dans le
sens large), cette aventure est un reflet de son époque.
J’aime les personnages : je me bidonne devant la folie
du Professeur Tournesol, les Dupondt me font rire par leur naïveté (j'aime leur propension à se déguiser!!!). J’aime la
classe de Nestor et l’intelligence de Milou. J’ai aimé Szut, l’Estonien qui est
pilote d’avion. Parce qu’il est Estonien et parce qu’il est pilote d’avion.
Mais mon préféré est sans contredit le Capitaine Haddock. Parce que sous ses
dessus bourrus, c’est un personnage qui a un cœur d’or, pour qui la fidélité en
amitié est essentielle. Alors qu’il annonce ne pas embarquer dans la prochaine
aventure, le lecteur le voit, sac au dos, dans la case suivante. J’ai toujours
voulu prendre le Capitaine dans mes bras, lui faire d’immenses câlins. Il vient
me chercher, lui!
Pourquoi je vous parle de tout ça? Parce que j’ai fait l’école
buissonnière hier : je suis allée à Québec, au Musée de la Civilisation,
pour voir l’exposition sur Hergé, consacrée, dans une large part, à son œuvre sur
Tintin. Très chouette exposition, avec beaucoup de planches dessinées (à
différents moments dans la production d’une œuvre). Et le bonheur, ça a été de
voir cette expo-là avec mon adorable amie Michèle, de prendre une partie de la
journée pour déambuler dans Québec au soleil, de profiter de la vie… en
repoussant à plus tard le travail à effectuer!
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