samedi 21 octobre 2017

Quand



Quand j’ai quitté le cégep, vers 14h, j’ai salué Marie-Pier et Maryse, mes collègues de bureau: «Ne vous ennuyez pas trop de moi, là, les filles! Je vous enverrai des cartes postales!» «Oui, oui! Des cartes postales!», ont-elles crié, toutes les deux, en chœur.

Quand je suis arrivée dans le stationnement longue durée, j’ai dû refaire une partie de ma valise: je venais de m’acheter des bottes qui devaient prendre la place d’une paire de souliers que j’ai abandonnée dans le coffre de la voiture et qui va passer la semaine dans le noir.

Quand j’ai passé la sécurité, j’avais un sourire niaiseux mais tellement heureux étampé dans le visage qui faisait que je ne ressemblais pas pantoute à ma photo de passeport.


Quand je me suis assise au 32 H (non, ce n’est pas ma grandeur de soutien-gorge…), je me suis dit que je voyageais avec la plèbe, mais comme mon sourire de béatitude ne me quittait pas, je me disais que le wagon à bestiaux, pour aller à Bordeaux, c’était tout à fait acceptable, d’autant plus qu’il s’agit d’un wagon d’Air France.


Quand j’ai mis mon téléphone en mode avion après avoir échangé quelques Messenger d’aurevoir avec Stéphanie et quelques textos de j’arrive avec Thierry, je me suis dit que je faisais une maudite belle vie.

Quand l’avion a roulé sur le tarmac et que, grâce à la caméra sous le nez de l’avion, j’ai vu la piste défiler à toute vitesse, je me suis dit que le bonheur tenait à un peu de bitume et une bonne capacité d’accélération.


Quand j’ai attendu en ligne pour montrer mon passeport au seul guichet ouvert à Roissy-Charles-de-Gaulle, je me suis rappelée que les Français sont chialeux. C’est pourtant quelque chose que je n’avais pas oublié.

Quand l’embarquement pour Bordeaux a commencé, j’ai reçu un texto de Thierry qui se disait désolé de ne pas pouvoir être là à mon arrivée. C’est que je ne m’attendais pas à ce qu’il soit à Mérignac! J’ai juste été terriblement touchée qu’il ait pensé à venir m’accueillir…

Quand le petit Airbus 321 d’Air France a décollé de CDG, j’ai eu les yeux dans l’eau de bonheur (et sans doute de fatigue un peu…) Oui, les astres se sont merveilleusement alignés pour que je puisse partir, comme ça, à la fin d’octobre. Mais je les ai un peu aidés, mettons. Et, encore une fois, je me suis trouvée privilégiée de vivre ma vie.

Quand j’ai stationné la Fiat Panda de location qui sera mienne pour les 10 prochains jours en face de chez Françoise sans avoir fait un centimètre de trop depuis l’aéroport, je me suis dit que Bordeaux, c’était un peu comme ma deuxième ville d’adoption. Rien ne remplacera Lille dans mon cœur, allons donc. Mais Bordeaux y tient déjà une place bien particulière.

Quand j’ai revu Françoise sur le pas de sa porte, j’ai eu l’impression que c’était une vieille amie que je retrouvais. Pourtant, c’est qu’on ne s’est vues qu’une seule fois, le jour de mon arrivée, en juillet. Mais je la connais sans la connaitre: j’ai dormi dans ses draps, mangé dans sa vaisselle, fouillé dans son fridge, utilisé sa douche, son lave-linge, sa gazinière. J’ai lu de ses livres, passé les bacs de poubelle et de recyclage à travers sa maison pour les amener au chemin. Inévitablement, cette intimité forcée crée des liens.

Quand je me suis installée dans «ma» chambre, j’ai eu l’impression que je revenais à la maison. Et dire que j’avais fait une blague à Françoise, en mettant le pied chez elle, en juillet, en constatant comment j’avais un coup de cœur pour sa maison: «Si jamais tu reviens en aout et que je suis encore là, ne t’étonne pas: j’aurai décidé de m’installer!»

Quand, après avoir soupé, j’ai décidé d’aller me pieuter, je trouvais que mes dernières 24 heures avaient été palpitantes. Et que mes 10 prochains jours le seront tout autant.

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