Quand j’ai quitté le cégep, vers 14h, j’ai salué Marie-Pier
et Maryse, mes collègues de bureau: «Ne vous ennuyez pas trop de moi, là, les
filles! Je vous enverrai des cartes postales!» «Oui, oui! Des cartes
postales!», ont-elles crié, toutes les deux, en chœur.
Quand je suis arrivée dans le stationnement longue durée,
j’ai dû refaire une partie de ma valise: je venais de m’acheter des bottes qui
devaient prendre la place d’une paire de souliers que j’ai abandonnée dans le
coffre de la voiture et qui va passer la semaine dans le noir.
Quand j’ai passé la sécurité, j’avais un sourire niaiseux
mais tellement heureux étampé dans le visage qui faisait que je ne ressemblais
pas pantoute à ma photo de passeport.
Quand je me suis assise au 32 H (non, ce n’est pas ma
grandeur de soutien-gorge…), je me suis dit que je voyageais avec la plèbe,
mais comme mon sourire de béatitude ne me quittait pas, je me disais que le
wagon à bestiaux, pour aller à Bordeaux, c’était tout à fait acceptable, d’autant
plus qu’il s’agit d’un wagon d’Air France.
Quand j’ai mis mon téléphone en mode avion après avoir
échangé quelques Messenger d’aurevoir avec Stéphanie et quelques textos de j’arrive avec Thierry, je me suis dit
que je faisais une maudite belle vie.
Quand l’avion a roulé sur le tarmac et que, grâce à la
caméra sous le nez de l’avion, j’ai vu la piste défiler à toute vitesse, je me
suis dit que le bonheur tenait à un peu de bitume et une bonne capacité
d’accélération.
Quand j’ai attendu en ligne pour montrer mon passeport au
seul guichet ouvert à Roissy-Charles-de-Gaulle, je me suis rappelée que les
Français sont chialeux. C’est pourtant quelque chose que je n’avais pas oublié.
Quand l’embarquement pour Bordeaux a commencé, j’ai reçu un
texto de Thierry qui se disait désolé de ne pas pouvoir être là à mon arrivée.
C’est que je ne m’attendais pas à ce qu’il soit à Mérignac! J’ai juste été
terriblement touchée qu’il ait pensé à venir m’accueillir…
Quand le petit Airbus 321 d’Air France a décollé de CDG,
j’ai eu les yeux dans l’eau de bonheur (et sans doute de fatigue un peu…) Oui,
les astres se sont merveilleusement alignés pour que je puisse partir, comme
ça, à la fin d’octobre. Mais je les ai un peu aidés, mettons. Et, encore une
fois, je me suis trouvée privilégiée de vivre ma vie.
Quand j’ai stationné la Fiat Panda de location qui sera
mienne pour les 10 prochains jours en face de chez Françoise sans avoir fait un
centimètre de trop depuis l’aéroport, je me suis dit que Bordeaux, c’était un
peu comme ma deuxième ville d’adoption. Rien ne remplacera Lille dans mon cœur,
allons donc. Mais Bordeaux y tient déjà une place bien particulière.
Quand j’ai revu Françoise sur le pas de sa porte, j’ai eu
l’impression que c’était une vieille amie que je retrouvais. Pourtant, c’est
qu’on ne s’est vues qu’une seule fois, le jour de mon arrivée, en juillet. Mais
je la connais sans la connaitre: j’ai dormi dans ses draps, mangé dans sa
vaisselle, fouillé dans son fridge, utilisé sa douche, son lave-linge, sa
gazinière. J’ai lu de ses livres, passé les bacs de poubelle et de recyclage à
travers sa maison pour les amener au chemin. Inévitablement, cette intimité
forcée crée des liens.
Quand je me suis installée dans «ma» chambre, j’ai eu
l’impression que je revenais à la maison. Et dire que j’avais fait une blague à
Françoise, en mettant le pied chez elle, en juillet, en constatant comment
j’avais un coup de cœur pour sa maison: «Si jamais tu reviens en aout et que je
suis encore là, ne t’étonne pas: j’aurai décidé de m’installer!»
Quand, après avoir soupé, j’ai décidé d’aller me pieuter, je
trouvais que mes dernières 24 heures avaient été palpitantes. Et que mes 10
prochains jours le seront tout autant.
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