mardi 31 octobre 2017

Un moment donné



Réveil un peu brutal ce matin: j'étais très loin, dans les bras de Morphée, quand la sonnerie de ma tablette m'a ramenée à l'existence terrestre. J'aurais voulu faire du déni, mais ce n'était pas le bon matin pour ça: j'ai un avion à prendre dans quelques heures. Ça fait qu'un moment donné, y'a ben fallu que je me lève.

Je n'avais pas trop d'angoisse quant au paquetage des valises: tout allait rentrer. À l'aller, j'avais ma grosse valise rouge en soute et ma petite beigeasse en cabine. De la rouge, j'ai extrait quatre bouteilles d'alcool (du cidre de glace pour Françoise et Thierry qui m'ont accueillie, du gin Boréal pour Thierry et le Caribou partagé avec les copains et qui achevé Manon) et sept petites bouteilles de sirop d'érable fait avec amour par mon père. J'avais aussi un livre pour Florie et 8 exemplaires de la revue Pédagogie collégiale. Mon petit sac à dos était aussi paqueté alors que je savais bien qu'il serait mon bagage de cabine au retour. Tout ça a libéré de la place pour mes 12 bouteilles de vin et les autres cossins achetés ou reçus. Mais j'avais beau me dire que ça allait rentrer, il fallait ben qu'un moment donné, je me mette à l'ouvrage.

Une séance de bricolage plus tard, mes 12 bouteilles étaient enveloppées dans du papier bulles et tout le reste était éparpillé sur le plancher de la chambre. Y'a ben fallu qu'un moment donné, je mette tout ça dans mes deux valises et que je zippe le tout.


Je suis allée chercher des croissants pour mes petits jeunes, j'ai déjeuné en lisant le Sud-Ouest, j'ai parlé à Thierry au téléphone, j'ai descendu mes valises dans la voiture et, un moment donné, il a bien fallu que je me rende à l'évidence: il fallait que je parte. Merci, Thierry, de m'avoir accueillie chez toi et de m'avoir confié tes grands enfants pendant ces quelques jours où on a été colocs!

Je me suis rendue comme une grande jusqu'à l'aéroport. C'est là que ça s'est gâté: j'ai fait 4 fois le tour des routes d'accès pour trouver l'entrée des locateurs de chars. Il faudrait qu'un moment donné, quelqu'un se décide à faire des affiches qui ont de l'allure, compréhensibles par les touristes!

Rendre ma Fiat de location a été un jeu d'enfant. Me retrouver dans l'aérogare aussi. Faut dire que c'est grand comme ma gueule, Mérignac (je vous entends dire d'ici que j'ai pourtant une grand yeule...) Je dépose mes bagages sur le tapis: ouf. La petite beigeasse fait 19 kg et la grosse rouge en fait 24. «On a toutes les deux lu 23 kg, n'est-ce pas, madame?» «Mais bien sûr...» On sourit, la dame au comptoir d'Air France et moi. Je passe la sécurité. Un moment donné, va falloir que quelqu'un réorganise ça comme du monde: faut sortir l'ordi, la tablette, le téléphone, enlever ceinture et parfois chaussures... et mettre ça dans un paquet de bacs séparés qui s'entassent au sortir du tapis roulant parce que les voyageurs n'en finissent plus de se ramasser en si peu d'espace.


De l'autre côté, je prends un sandwich mixte. Lire ici: une minable tranche de jambon et une tout autant minable tranche de fromage dans une baguette, mais sans mayo ni beurre ni moutarde. Un moment donné, ça commence à bien faire, ne manger que du pain.

Je m'installe pour lire les articles pour ma réunion de PedColl de vendredi. Mais j'ai plutôt envie d'échanger textos et messages avec tous ceux qui soulignent mon départ ou mon retour: Pierre, Florie, Damien, Thierry, Isabelle, Audrey, Hannah... ou Stéphanie, Michaël, Émilie ou Francis. Je pars, je reviens. Mais il faudrait bien qu'un moment donné je recharge mon téléphone parce qu'il va manquer de jus...

Petit vol d'une heure entre Bordeaux et Paris. Faudra pas trainer parce que je n'ai que 45 minutes pour sortir de l'avion, changer de terminal et passer les douanes. Seule consolation (mais pas la moindre): je n'ai pas à repasser la sécurité. Tant mieux, parce que c'est toujours ça le plus long. Je suis arrivée un peu essoufflée à la porte K37 du terminal E au moment où l'embarquement en était rendu à la moitié. Ouf. Je ne serai pas obligée de dormir à Paris ce soir... (Dommage...) Je m'installe au 33H et, comme mes compagnons, j'attends. On ne sait pas trop pourquoi, mais on attend. Un moment donné, il faudrait penser à partir.

Un message du commandant, après 4 comptages et recomptages des passagers: il manque deux passagers. Les bagagistes entrent dans la soute pour en sortir les valises des absents. Quinze minutes de plus à attendre, mais j'aime mieux ça comme ça, au fond. C'est parce qu'un moment donné, la sécurité, c'est ce qu'il y a de plus important.

Deuxième message du commandant, une fois les bagages trouvés et retirés: le vol aura une durée de 7h30 parce qu'on aura un fort vent de face et de la turbulence. Ô joie. Et un moment donné, on finit par partir, 50 minutes en retard sur le plan original.

Oui, ça a brassé mais ce fut supportable. Oui, ça a été long. Oui, il a fait froid à geler comme des crottes. Comme le siège à côté de moi est vide, je prends la couverture et mon voisin éloigné étend son grand corps. Un moment donné, il a jugé bon de se ramasser un peu, lui qui occupait trois sièges...

Je trouve toujours ça tellement émouvant, de voir le sol sous le nez de l'avion. Mais «atterrissage imminent» alors qu'il reste 15 minutes? Un moment donné, il faudrait savoir la signification des mots.
Un moment donné va falloir statuer sur ce qu'est un bagage de cabine...

En atterrissant à Dorval, l'avion roulait encore que deutwa taouins se sont levés. Un, c'est super dangereux et deux, ça n'ira pas plus vite. Un moment donné, faudrait que les passagers réalisent que c'est pas parce qu'ils se lèvent comme s'ils avaient le feu au cul que l'avion va se vider plus vite.

Sur ma déclaration de douanes, j’indique que je dépasse les exemptions autorisées. Le douanier : «Qu’est-ce qui fait que vous dépassez?» «J’ai 12 bouteilles de vin». Je me ramasse dans une autre file, évidemment. Une douanière: «Qu’est-ce qui fait que vous dépassez?» Je suis cohérente, malgré la fatigue: «J’ai 12 bouteilles de vin.»
- Vous avez droit à 9 litres.
- Ouais, mais 12 bouteilles de 750 ml…
Elle pitonne sur son ordi.
- Ah oui, 12 bouteilles de 750 ml, ça fait 9 litres, vous avez raison.
Un moment donné, faudrait que les douaniers sachent compter.

Un troisième douanier, celui à la caisse, fait les calculs: «On va vous donner l’exemption de base sur les deux bouteilles les plus chères. Puis, après, c’est 66% sur la valeur de ce que vous avez d’écrit sur votre facture.» Je ris un peu, intérieurement. Parce que mes deux plus chères, c’est les deux Haut-Carles. Puis pour les autres, Thierry m’avait fait une jolie facture… Comptez ça comme vous voulez, j’ai payé 42 piasses de taxes. Pour 10 bouteilles de vin.  Ça fait 4,20$ par bouteille. Sachant que toutes ces bouteilles m’ont été données par mes amis… ben… un moment donné, je trouve que c’est vraiment, mais vraiment pas cher la bouteille!

Une fois à l’air libre, il m’a fallu récupérer mon char. Un jeu d’enfant. Un moment donné, il faut qu’il y ait des affaires simples dans la vie.

Conduire à Montréal? Ça me fait toujours drôle de reprendre des routes terriblement connues après avoir arpenté des chemins inconnus. Inconnus? Plus tant. Parce qu'un moment donné, mettons que la route entre le quartier Bastide de Bordeaux et le Fronsac, je connaissais!

Pis revenir à l’apparte, 10 jours plus tard? Ça aussi je connais. J’ai défait les valises. Toutes les bouteilles ont survécu. Et là, je m’en vais au pieu. Un moment donné, une fille a beau aimer voyager, elle a le trou de cul en t’sours du bras.

2 commentaires:

  1. Tu vas nous manquer ... gros BizYu
    à très vite.

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  2. En te lisant, j'ai revu bien des épisodes de nos voyages. C'est incroyable combien les voyages en avion peuvent se ressembler. Je me demande "As-tu voyagé avec la plèbe cette fois-ci?"

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